Aucune source contemporaine au tableau de Léonard de Vinci n’atteste formellement l’identité du modèle. Les archives florentines mentionnent Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, mais d’autres hypothèses traversent les siècles, appuyées par des analyses techniques et des témoignages contradictoires.
Des copies anciennes présentent des différences notables, laissant planer un doute sur l’existence de plusieurs versions ou sur une confusion autour du modèle. Cette incertitude alimente un débat parmi les historiens de l’art et les passionnés, renforcé par de nouvelles recherches sur l’atelier de Léonard et ses pratiques.
Ce que l’on sait (et ce que l’on ignore encore) sur l’identité de la Joconde
Le portrait le plus célèbre de l’histoire de l’art occidental continue de semer le trouble. Le nom de Lisa Gherardini, épouse du marchand florentin Francesco del Giocondo, ne s’impose que tardivement dans les documents d’époque. Vasari, longtemps après la mort de Léonard, évoque une « Mona Lisa », mais sans preuve directe. Les registres de Florence parlent de la famille Del Giocondo, sans jamais laisser apparaître la commande formelle de ce portrait par Francesco. Le lien qui unit la Joconde à Lisa Gherardini s’appuie sur un ensemble d’indices, jamais sur une certitude irréfutable.
Si Léonard de Vinci s’est montré avare de confidences sur ses modèles, c’est sans doute volontaire. Aucun texte de son vivant ne confirme le nom de la « dame florentine » qui lui a servi de muse. Des pistes alternatives n’ont cessé d’apparaître : Isabella d’Este, Costanza d’Avalos, et même l’idée audacieuse d’un autoportrait caché, travesti en sourire énigmatique. Les analyses menées sur le tableau, qu’il s’agisse de techniques picturales ou de l’étude des pigments, n’ont pas permis de trancher sur l’identité de la femme représentée.
Voici quelques exemples d’éléments qui entretiennent le flou autour de ce mystère :
- La Mona Lisa Foundation avance l’existence d’une autre « Mona Lisa », plus jeune, qui aurait pu servir de modèle préliminaire ou d’esquisse. Une théorie qui, malgré ses détracteurs, ne cesse d’alimenter la discussion.
- Des lettres exhumées à Heidelberg mentionnent une « Lisa Gherardini épouse de Francesco del Giocondo », mais le lien exact avec le chef-d’œuvre de Léonard reste sujet à caution.
Le doute s’installe, persistant. Léonard, génie du sfumato comme du secret, a brouillé les repères. Peintre mais aussi expérimentateur, il laisse derrière lui une œuvre dont le modèle se dérobe encore aux certitudes, défiant la sagacité de générations de chercheurs.
Copies, hypothèses et révélations : plongée dans les mystères et les doubles du chef-d’œuvre
La Joconde au Louvre fascine, protégée derrière son verre blindé, mais elle n’a jamais été seule. Dès le XVIe siècle, des copistes s’emparent du mythe et en proposent d’innombrables versions. Ces doubles, parfois réalisés du vivant de Léonard, circulent dans les musées et les collections privées et viennent épaissir le mystère, rendant l’identité du modèle plus insaisissable encore.
Parmi ces copies, celle du musée du Prado à Madrid révèle des détails cachés, que le vernis du tableau du Louvre masque depuis des siècles. Les analyses scientifiques, réflectographie, rayons X, infrarouges, dévoilent l’existence de couches de peinture superposées, signes de modifications, d’hésitations, peut-être d’interventions extérieures. Le patient travail mené par le centre de recherche et de restauration des musées de France éclaire les gestes du maître, sans toutefois dissiper tous les mystères.
Le vol spectaculaire de la Joconde en 1911, commis par Vincenzo Peruggia, vitrier italien, a d’ailleurs renforcé la dimension mythique de l’œuvre. Cet épisode a mis en lumière la prolifération de faux, de copies habilement retouchées, d’imitations qui circulent encore. Le musée du Louvre, sanctuaire du tableau, doit composer avec cette fragilité de la vérité historique, exposant l’original tout en gardant à l’esprit le risque permanent d’erreur ou de confusion.
La Joconde, tout comme la Jeune Fille à la perle de Johannes Vermeer, fait partie de ces rares images universelles dont chaque détail nourrit la curiosité et l’enquête. Ce sont des œuvres qui traversent les siècles, attisant le feu des spéculations et des découvertes. Face à elle, experts, restaurateurs et amateurs se succèdent, tous confrontés à un labyrinthe où certitudes fragiles et révélations s’entremêlent, et où l’ultime vérité semble toujours prête à s’évaporer.


