Installer des panneaux solaires sur des terres agricoles sans sacrifier la production, c’est le principe de l’agrivoltaïsme. Un concept qui a rapidement trouvé son public en France : le parc national a quasiment doublé entre 2021 et 2025, avec plus de 1 000 projets recensés et quelque 2 000 dossiers en cours d’instruction. Pour comprendre pourquoi cette filière attire autant, il faut d’abord en saisir les mécanismes et les contraintes réelles.
Ce que recouvre vraiment l’agrivoltaïsme
La définition est désormais inscrite dans la loi : depuis la loi APER du 10 mars 2023, complétée par le décret n° 2024-318 du 8 avril 2024 et un arrêté du 5 juillet 2024, l’agrivoltaïsme désigne une installation solaire placée directement sur une parcelle agricole, à condition qu’elle contribue au maintien ou au développement d’une production. Ce n’est pas la même chose qu’un panneau posé sur le toit d’un hangar, même agricole : c’est le sol qui compte.
Le cadre réglementaire impose des garde-fous précis. Les modules ne peuvent pas couvrir plus de 40 % de la parcelle, et la perte de rendement agricole est plafonnée à 10 % par rapport à une parcelle témoin. Chaque installation doit également apporter au moins un bénéfice mesurable parmi quatre : amélioration agronomique, adaptation au changement climatique, protection contre les aléas météorologiques (grêle, gel…) ou amélioration du bien-être animal. C’est là qu’une solution agrivoltaisme bien conçue fait la différence : les ombrières mobiles ou semi-transparentes, par exemple, permettent d’ajuster l’ombre en fonction de la saison ou du stade végétatif des cultures.
Trois quarts des parcs en service sont aujourd’hui implantés sur des exploitations d’élevage, selon l’Ademe. Le bétail, ovin, bovin ou avicole, profite naturellement de l’ombrage des panneaux, et les installations sont techniquement plus simples à déployer sur des prairies que sur des cultures annuelles.
Des revenus complémentaires, à condition de bien calculer
Sur le plan économique, l’intérêt pour l’exploitant peut être significatif. En cas de location du terrain à un opérateur énergétique, les loyers peuvent atteindre jusqu’à 5 000 € par hectare et par an, sur des baux de 30 à 40 ans. Un complément de revenu stable, et souvent bienvenu dans des filières exposées à la volatilité des prix agricoles.
Les bénéfices ne sont pas que financiers. Des études menées en France et à l’étranger indiquent des hausses de rendement de 10 à 20 % sur certaines cultures, grâce à une meilleure gestion de la chaleur et de l’humidité sous les panneaux. L’ombrage partiel réduit l’évaporation, préserve l’humidité du sol et peut protéger les cultures des coups de chaleur ou de la grêle. Côté sol, les installations limitent le lessivage et l’érosion, et créent des espaces refuges favorables à la biodiversité.
Le développement d’un projet prend entre 18 et 36 mois selon sa taille et sa complexité. Ce délai, combiné aux exigences agronomiques et aux contraintes de raccordement au réseau, explique en partie pourquoi le marché connaît depuis mi-2025 une phase plus sélective, après une première période d’essor rapide.
L’agrivoltaïsme n’est pas une solution universelle, et les divisions persistent dans le monde agricole sur ses effets à long terme pour les terres nourricières. Reste qu’un cadre légal désormais stabilisé, des retours d’expérience qui s’accumulent et des objectifs nationaux ambitieux (75 GW de solaire installé d’ici 2035) laissent penser que la filière a encore de belles années devant elle, pour peu que l’agriculture reste au premier plan.

